Pékin

Arrivée à Pékin

Il est environ 13h lorsque notre train s'immobilise en gare de Pékin. Après avoir parcouru 7400 kilomètres à travers la Sibérie et les steppes mongoles, nous arrivons enfin au terminus de notre périple en train !

Ici tout est propre, neuf, nickel. Il faut impressionner le voyageur qui débarque ; à notre descente du train une musique joyeuse se met à retentir pour nous souhaiter la bienvenue, tandis que devant l'entrée principale de la gare on peut voir un "spectacle" musical accompagné de jets d’eau . En fait cette ambiance nous donne la sensation de nous trouver à Disneyland !

Hormis tout cela, mes premières impressions concernant Pékin sont plutôt positives ! Tout d'abord, la ville semble bien moins polluée que ce que à quoi je m'attendais. Il y a bien un smog, mais on arrive tout ce même à percevoir le ciel bleu !
Le métro ensuite, ultra moderne car tout neuf, est très propre et, bien qu'il soit facile de s'y retrouver, des cohortes de jeunes Chinois se "battent" afin de pouvoir nous aider ! Même si, grâce à notre habitude de nous déplacer en métro à Paris, nous nous y repérons finalement mieux que certains d'entre eux...
Tous cela n'est certainement pas étranger aux Jeux Olympiques qui se sont terminés il y a à peine plus d'un mois...

Trouver notre petite auberge de jeunesse, le Sleepy Inn, ne nous pose donc aucun soucis. Cette dernière, est idéalement située en plein cœur de la ville ; près d'anciens quartiers plutôt bien préservés et au bord d'un petit canal . Bref, je m'attendais à ce que Pékin, ayant succombé à une modernisation effrénée, ne soit qu'une mégapole tentaculaire, sombre et polluée ; mais finalement la ville n'est pas dénuée d'un certain charme .
Et alors que nous pensions galérer un peu pour acheter nos billets d'avion en direction de Nankin, la fille de l'accueil les achète pour nous au moyen de sa carte de crédit personnelle ! Nous la remboursons bien sûr aussitôt.
En tout cas, ça c'est du service digne d'un cinq étoiles !

Nous passons le reste de la journée à découvrir le quartier.
Le bruit et l'activité effrénée tranchent complètement avec le calme de la Mongolie. Et la richesse du Carrefour où nous faisons nos courses n'a bien sûr rien à voir avec les petites épiceries Mongoles ... On peut y trouver tout un tas de gadgets inutiles ; et si certains rayons gardent un coté authentiquement asiatique, comme la poissonnerie où le poisson est acheté vivant, nous sommes dans un temple du consumérisme qui reflète bien la nouvelle société Chinoise.

Pour finir nous entrons dans un resto afin de déguster un fameux canard laqué Pékinois avant de rentrer nous coucher assez tôt car nous aurons une grande journée demain : nous partons à l'assaut de la Grande Muraille de Chine !!

La Grande Muraille

Le réveil sonne à 5h45. J'espère que notre compagnon de chambre, qui a fait plein de bruit en se couchant cette nuit, en profite également. Petite vengeance...

Depuis Pékin, on peut atteindre facilement trois endroits permettant de visiter la Muraille. Badaling (八達嶺), situé à seulement 70km, est le plus proche de la ville. Entièrement restauré il est par conséquent le plus fréquenté par les touristes . Notamment Chinois, qui ont la réputation de ne se déplacer qu'en hordes bruyantes...
Mutianyu (慕田峪) semble beaucoup plus calme, mais nous suivons les conseils de nos amis Yann et Claire, que nous allons bientôt rejoindre à Nankin, et optons pour grimper sur la Muraille au niveau de Simataï (司馬臺), à 170km au nord-est de Pékin. C'est d'après lui l'endroit le plus authentique et le plus tranquille . Mais pour nous y rendre par nos propres moyens, il nous faudrait prendre un bus à 6h du matin, puis descendre en route et terminer à pied ou en stop . Ca sent un peu le plan galère et n'ayant que deux jours ici nous avons opté pour la solution de facilité... et nous voici donc maintenant à bord d'un bus rempli de touristes venant des autres auberges de jeunesse et hôtels du quartier !

Nous sommes quarante-six, ça me fait peur… les groupes ce n’est pas trop notre truc ! Lorsque nous avons réservé notre place, nous nous sommes bien assuré qu’il ne s’agissait que du trajet, mais il y a un guide et il commence à nous parler de repas typique dans un restaurant !!
Heureusement, lorsque nous atteignons enfin le site, nos craintes s’estompent ! Le guide ne nous suit pas et nous avons un peu plus de trois heures pour parcourir une dizaine de kilomètres et atteindre l’endroit où le bus viendra nous chercher. Cool ! Le ciel se lève, l’endroit est quasiment désert ; et c’est parti pour la rando !

C’est génial ! Vraiment la Grande Muraille ne me déçoit pas du tout !
Elle serpente à perte de vue à travers un paysage grandiose, collant parfaitement à la forme des collines même les plus escarpées. De plus ici, à Simataï, le mur construit au 14e siècle sous la dynastie Ming, n’a que très peu été restauré ce qui ajoute au charme et à l’authenticité de l’endroit.
En revanche la marche n’est pas facile ! La « chaussée » est parfois en assez mauvais état, mais c’est surtout le dénivelé qui rend les choses difficiles. Et il fait chaud… Nous nous rendons donc vite compte que nous ne seront jamais à l’heure pour le bus. Mais peu importe : chacun évoluant à son rythme, notre groupe s’est dispersé sur la Muraille et tant qu’il y a des gens derrière nous, nous ne risquons pas grand-chose . Nous calons donc notre marche sur les plus lents, histoire de ne pas trop souffrir et de profiter un maximum.
Nous avons amplement le temps de tout observer et je me pose des questions sur l’utilité militaire de l’ouvrage. Car la Grande Muraille, est aussi magnifique que vaine. Telle une ligne Maginot médiévale, elle n’a jamais pu stopper définitivement aucune invasion. Par deux fois au moins, les nomades Mongoles et Mandchous la franchiront, soumettront l’Empire… avant de fonder leur propre dynastie !
Longue de 6700 kilomètres, elle était gardée en permanence par plus d’un million de soldats en armes . Mais finalement en observant, je commence à comprendre peut-être les raisons de ses échecs. Tout d’abord, comparativement aux châteaux médiévaux européens, elle semble bien fragile. Construite en terre et en briques, elle n’a pas l’air très solide et n’est finalement pas très large ni très haute. J’ai du mal à voir comment elle aurait pu résister à des armes de siège modernes. De plus, alors qu’on pourrait penser que l’armée s’en servirait comme voie rapide pour se porter rapidement au secours d’un point attaqué, les portes permettant de traverser les tours de guet sont visiblement trop petites pour laisser passer des chevaux…

Il nous faudra finalement un peu plus de quatre heures pour venir à bout de notre trajet ! Nous l’achevons par une impressionnante descente en tyrolienne pour laquelle je dois prendre sur moi : je suis un peu sujet au vertige et le baudrier dans lequel je m’insère n’a certainement jamais été vérifié par un organisme compétant … Sindy, elle, ne semble pas préoccupée par toutes ces questions.

De retour à Pékin et pour nous remettre de notre longue marche, nous nous accordons un dîner dans un restaurant gastronomique. Au menu : des œufs de cent ans ! Ces derniers n’ont pas vraiment cent ans mais, âgés tout de même de plusieurs mois, ont été vieillis artificiellement dans un mélange de boue, de cendre, de sel et de feuille de thé. Le jaune d’œuf est maintenant vert bronze, quand au blanc, il s’est transformé en une sort de gelée ! On s’attend bien sûr à ce que ce soit dégueulasse, mais finalement ce n’est pas mauvais du tout. Et la sauce au gingembre va très bien avec !

La Cité Interdite

Heureusement que nous sommes allés à la Grande Muraille hier, car aujourd'hui le temps est dégueulasse !

Nous prenons le métro afin de descendre à la station de la place Tiananmen qui jouxte l'entrée sud du palais impérial. Lorsque nous sortons de sous terre la vision est incroyable : la place est entièrement remplie de Chinois faisant la queue pour aller visiter le tombeau de Mao. Sachant que la place Tiananmen est de loin la plus grande du monde, cela représente au bas mot des dizaines de milliers de personnes !!
Impressionnant !
Parfaitement alignés et avançant lentement et régulièrement comme des robots, ils sont dirigés par des policiers ainsi que des "volontaires" hurlant dans des mégaphones. Le brouhaha est indescriptible. Heureusement, le tombeau de Mao n'est pas inscrit à notre planning !...

Nous arrivons tout de même à traverser la place et devant la porte de la Cité Interdite il faut nous rendre à l'évidence : il y a à peine moins de monde ici que sur la place Tienanmen.
Dans la première cours intérieure, de jeunes recrues de l'Armée Populaire s'entrainent afin d'épater les visiteurs, en très grande majorité Chinois . Les jeunes soldats ont parfois encore du mal à marcher au pas et pour tout dire ont un peu l'air godiche. Leurs supérieurs en revanche n'ont pas l'air de rigoler ! Ca gueule !
Nous parvenons au niveau de la deuxième court, beaucoup plus vaste, et nous pénétrons au coeur de la Cité !

Nous sommes très déçus !

Tout d'abord à cause de la foule. Il y a tellement de monde que parfois il faut jouer des coudes pour voir l'intérieur des palais ou pour circuler dans les allées annexes, plus étroites . Et le bruit est insupportable ! La majorité des guides Chinois parlent à leur groupe à l'aide d'un mégaphone et ce, même si le "groupe" n'est composé que de deux personnes ! Du coup c'est à qui gueule le plus fort dans son engin pour se faire entendre . C'est une véritable cacophonie ! Les autres touristes occidentaux que nous croisons perdus dans cette marée humaine, semble tout aussi désemparés que nous...
Impossible par conséquent de se laisser prendre par la sérénité du lieu !
Enfin les palais donnent une impression de "neuf" déplacée. Complètement restaurée à l'occasion des Jeux Olympiques qui viennent de s'achever, la Cité Interdite est trop propre, sa peinture trop éclatante. A certains endroits, les piliers de bois sont... en béton !
L'année dernière nous avons visité le palais impérial de Huê au Vietnam, pâle copie du 18e siècle du palais Pékinois. Mais aujourd'hui, malgré les destructions subies lors de la guerre, il possède une authenticité que l'original semble malheureusement avoir perdu.
Bref, ici c'est trop clinquant.

Nous ne restons donc finalement que deux heures sur place, ce qui nous laisse le temps de visiter le Temple du Ciel.

Ce dernier nous laisse une bien meilleure impression !
Bien que les touristes provinciaux soient une fois encore assez nombreux, le lieu est également fréquenté par de nombreux Pékinois y pratiquant toutes sortes d’activités : Tai-chi, jeu de go, chant… c'est un supplice pour nos oreilles occidentales , mais l’ambiance est vraiment sympa !
En revanche nous sommes moins convaincus par l’architecture. Evidemment c’est quand même très beau, mais il règne ici la même sensation de neuf que dans la Cité Interdite . Et puis pour voir l’intérieur des temples, il faut faire la queue car il y a quand même pas mal de monde, pour finalement ne rien voir car l’intérieur n’est pas éclairé !
La visite est tout de même très intéressante et le parc, au sein duquel les différents bâtiments ont été méticuleusement placés afin de respecter une symbolique, est vraiment bien !

C’est donc sur cette impression positive que nous quittons Pékin ! Direction l’aéroport où nous avons un avion pour Nankin, la capitale du sud !

Mais le temps s’est fortement dégradé ; à l’extérieur il pleut averse et il y a de fortes rafales. Toujours sur le tarmac, notre avion est prêt à décoller, mais a maintenant plus d’une heure de retard.
Alors que nous n’avons toujours pas décollé, les hôtesses apportent le dîner. Et bah on n’est pas prêt de décoller ! Puis soudain, c’est la panique : l’avion se met en position sur la piste ! Affolées, les hôtesses ramassent rapidement les sandwiches et les jettent . Sindy et moi avons à peine le temps de planquer les nôtres, que l’avion décolle alors que les hôtesses sont encore debout ! Visiblement, sur le planning il était marqué que le dîner serait servit à 21h, ce qui fut fait… sans se concerter avec la cabine de pilotage et sans se dire qu’il vaudrait mieux attendre d’être en vol . Nous avions déjà remarqué que la plupart des Chinois sont assez prompts à suivre les instructions sans se poser de questions et en voici un parfait exemple !

Arrivés à Nankin nous nous faisons harceler par les chauffeurs de taxis. Vrais ou faux, il est difficile de distinguer . Nous montons dans une voiture plus ou moins au hasard. C’est un faux visiblement vu que nous négocions la course au lieu de brancher le taximètre… Mais nous obtenons un bon prix, alors !
C’est bien un faux taxi ! La course commence par le contournement de la barrière de péage à la sortie de l’aéroport… Puis tous les feux rouges sans caméra de surveillance seront grillés…

Mais nous arrivons tout de même sains et saufs chez nos amis, Yann et Claire ; le but de notre voyage est atteint. Nous avons parcouru 7356 kilomètres en train, 1500 kilomètres en 4x4 et 1200 kilomètres en avion, mais nous y voilà !

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