
Ce matin le temps semble menaçant. Nous roulons assez vite pour rejoindre Mejet le plus tôt possible mais prenons tout de même le temps de nous arrêter dans un village, car Bor veut aller s’acheter un truc dans une épicerie.
Ce qui est frappant ces petites échoppes c’est le peu de produits disponibles. Pour chaque catégorie, comme par exemple un bocal de carottes ou une bouteille d’huile, il n’y a qu’un seul choix possible
. Quand on sait que de plus il n’y a quasiment pas d’agriculture, les Mongols étant avant tout des pasteurs, ce n’est pas étonnant que tout ce qu’on mange depuis une semaine ait le même goût ! ![]()
14h30, nous arrivons à notre destination : Tsagaan Suvarga. Le paysage est époustouflant
! Il s’agit de formations de calcaire qui ont été façonnées par le vent et la neige. On se croirait au bord d’un canyon de l’ouest Américain ! ![]()
Mejet n’arrivera pas avant quelques heures et Bor est pressé : il doit rejoindre Oulan-Bator le plus rapidement possible. C’est donc l’heure des adieux. Si Bor est parfois un peu bourru et a tendance à prendre ses aises dans les familles au point que parfois ça en devient gênant, il aura été un très bon chauffeur et guide ! ![]()
Nous sommes toutefois pressés de découvrir Mejet, son boss. Il est, selon pas mal de monde intervenant sur les divers forums de voyage, le meilleur guide possible ! ![]()
Mais en attendant nous partons explorer le paysage en contrebas... espérant très fort que quand nous remontrons Mejet sera bien là. Car sinon ce sera la merde... ![]()
Nous passons deux heures à explorer le terrain. Il est très friable ! Le plus remarquable : les couleurs. Des strates jaunes, ocres, rouges et parfois violettes ! Mais le temps passe vite et nous avons quelques difficultés à trouver le chemin pour remonter. Comme un con j’ai oublié de le marquer dans le GPS ! ![]()
Ouf !
Mejet est bien là ! Il a l’air très sympa, mais venant directement d’Oulan-Bator, il est très fatigué et on sent qu’il n’a pas trop envie de parler. Et c’est bien dommage car… il parle Anglais ! ![]()
Notre famille d’accueil de ce soir, des éleveurs de chameaux, est modeste mais très chaleureuse !
Le fils, âgé de 16 ans, parle même un peu Anglais
! Evidemment il n’a pas un super niveau, mais c’est tout de même très impressionnant… surtout quand on pense qu’il a à peine été à l’école ! Il est en tout cas vraiment avide de nous parler et nous sympathisons rapidement
. Je lui montre quelques photos et celles qui l’intéressent le plus sont évidemment celles où il y a des chameaux. Les beaux paysages ne l’intéressent pas plus que ça, mais finalement c’est normal : c’est son quotidien ! ![]()
Il me propose de traire une chamelle, mais malheureusement le temps de sortir de la yourte, sa mère a fini. J’espère qu’il me reproposera demain !!
En attendant, un bébé chameau s’est emmêlé une patte dans ses cordes et gueule. Je vais donc essayer de l’aider .Mais ça doit lui faire mal, car il ne se laisse pas faire ! Ca a de la force ces bêtes là
! Je parviens tout de même à le dégager, et il semble finalement reconnaissant.
En tout cas la soirée est excellente ! Tout le monde est mort de rire lorsque j’essaie de parler un peu Mongol
, et grâce à la présence de Mejet qui peut traduire, on parvient enfin à avoir un échange assez construit avec nos hôtes. ![]()
Le fils me montre les quelques feuilles comportant de l’Anglais qu’il a pu récupérer des précédant touristes et avec lesquels il essaie d’apprendre. Il a bien du mérite, car ça ne doit pas être évident
.
Du coup nous décidons avec Sindy de lui donner le lexique Anglais -> Mongol de notre « phrasebook ». Il lui sera bien plus utile qu’à nous et de toute façon dans deux jours nous serons déjà en route pour la Chine ! ![]()
Lorsqu’il voit tous ces nouveaux mots, écrits en face de leurs équivalents en Mongols, il n’en croit pas ses yeux et est vraiment content ! Ca nous fait bien plaisir ! ![]()
20h30, extinction des feux… un peu plus tard que d’habitude ! Et oui, une fois la nuit tombée il n’y a plus rien n’à faire ici
. Ca nous change de nos horaires pas possibles à Paris…
Nous ne sommes pas seuls : toute la famille dort par terre avec nous et… une colonie d’araignées entre dans la yourte se mettre au chaud ! ![]()
Ce n’est pas la première fois qu’on dort par terre et mon dos commence à en avoir marre… Je me réveille tôt, à temps pour assister au lever du Soleil. Au milieu des bébés chameaux, c’est chouette ! ![]()
Une fois les tâches matinales achevées nous avons le droit à un petit dej’ à base de fromage de chameau… accompagné d’alcool de lait de camélidé redistillé plusieurs fois ! Espérons que ce ne soit pas comme l’airag…
A l’odeur, c’est bien pire
! J’ai l’impression que je vais avaler un bol de vomi qu’on aurait filtré pour retirer tous les grumeaux…
Heureusement ça n’a pas vraiment de goût ! Les petits fromages étant pour leur part très aigres, je n’avale finalement pas grand-chose.
Le père nous propose alors de nous amener voir des gravures rupestres situées non loin. Mejet a l’air très intéressé, car visiblement il ne connait pas ! Notre hôte nous explique alors que les vestiges sont situés à l’écart des pistes fréquentés et que par peur du vandalisme les gens du coin n’aiment pas trop en parler aux « étranger ». Nous comprenons alors que c’est une fleur qui nous est faite, certainement en remerciement pour le lexique Mongol/Anglais ! ![]()
Cool, c’est sympa !
Le site est vraiment bien. Les gravures ont été réalisées sur des pierres noires et reflètent le Soleil. C’est très joli. En revanche impossible de déterminer de quand elles datent. 5000 ans ? 1000 ans ? Peut-être seulement 100… ![]()
Non loin de là, se dressent les ruines d’un temple bouddhiste détruit par le gouvernement communiste lorsqu’il a voulu débarrasser le pays de la Religion
. C’est vraiment dommage et notre ami Mongol semble vraiment très attristé. Parfois, des Mongols « étrangers » en quête de trésor retournent tout le site, détruisant un peu plus ces maigres restes. ![]()
Nous avons en tout cas vraiment l’impression de partager quelque chose de spécial et d’important pour notre hôte.
Mais il est bientôt temps de repartir... avec en poche quelques fromages de chameau ! Super… ![]()
Le 4x4 de Mejet est quand même beaucoup plus moderne que celui de Bor. Il y a notamment un GPS ainsi qu’un lecteur de CD. Mejet en possède une bonne collection et nous met… un CD de Joe Dassin !! ![]()
Incroyable ! Il n’y a pas dix jours, un Russe bourré d’Irkoutsk nous en a également parlé. Serait-il alors possible que le chanteur de « l’Eté Indien » fasse une carrière posthume en Asie Centrale et y soit devenu une superstar à la mode
?? Je pose la question à Mejet qui semble surpris, et me dit que non, personne ici ne connait Joe Dassin. Lui-même a obtenu ce CD par des touristes Français et le met lorsqu’il veut écouter de… la soupe ! Pauvre Joe… ![]()
Mais traverser les paysages grandioses en écoutant tous ces « tubes » nous semble totalement irréel
… Nous sommes maintenant sortis du Gobi et de retour dans la steppe.
Peu avant notre arrivée au campement de la nuit, nous faisons une courte halte au pied d’un temple. Ou plutôt de ce qu’il en reste, car il a également été détruit par les communistes
. Apparemment, suivant les conseils de leurs amis Soviétiques, ils ont fait la razzia sur tous les temples du pays et il ne faisait pas bon être un moine à l’époque… ![]()
Mais il est tout de même en bien meilleur état que le temple de ce matin.
Un Mongol s’approche sur son cheval. Il nous a aperçus de loin et veut certainement savoir quelles sont nos intentions. Il a l’air méfiant, mais n’est pas méchant. Il se dirige alors vers un abreuvoir afin d’y faire boire son cheval, mais à peine l’a-t-il rempli de l’eau du puits que surgit un troupeau de chèvres assoiffées
. Tellement assoiffées qu’elles se jettent dans l’eau et finissent par effrayer le cheval qui refuse alors de boire !
La scène est plutôt cocasse et on se marre bien. Mais ce n’est pas vraiment du goût du Mongol qui, furax, lance des jurons et des pierres sur les chèvres ! ![]()
Comme toujours, notre nouvelle famille a l’air adorable !
Et ce soir dans notre assiette : pâtes maison, légumes frit et viande de chèvre séchée. Cette dernière provient d’une espèce de grosse brique de bidoche qui trainait au dessus d’un placard
. Pour la découper, c’est tellement solide que l’usage du marteau s’impose ! Je sens qu’on va se régaler… ![]()
Un petit mot sur la nourriture Mongole, alors que nous nous apprêtons à prendre notre dernier dîner en yourte. Il y a deux saisons. Au printemps et durant l’été, lorsque l’herbe est grasse, les bêtes peuvent se nourrir, s’engraisser et produire plein de lait. Les repas sont alors essentiellement composés de laitages, fromages et yaourts épais. Le reste de l’année, il y a beaucoup plus de viande au menu.
Cette dernière provient du troupeau élevé. Chèvre comme aujourd’hui, mais nous avons également eu droit à du mouton, du yak et… du chameau
! Elle est séchée pour être conservée et est généralement servie dans des soupes et/ou accompagnée de légumes frits ou de pâtes comme ce soir. Mais généralement, le tout est et mélangé avec du lait, très fort, et finalement le goût est toujours semblable. En fait on en a un peu marre et on a l’impression que nous même sentons cette forte odeur de bouffe mongole
! Vivement le retour à la civilisation que nous prenions notre première douche… cela fait dix jour que nous ne nous sommes pas vraiment lavé
!
Voilà, aujourd’hui nous quittons la Steppe et les nomades pour retourner à Oulan-Bator. Il pleut…
Avant de partir, nous partageons nos derniers instants avec nos hôtes qui procèdent à la traite des chèvres
. Ces dernières sont attachées têtes bèches et n’ont pas l’air d’apprécier… ![]()
Derniers préparatifs avant notre départ. Mais le leur également. Notre famille va en effet se déplacer aujourd’hui ! L’hiver approche et ils vont se positionner derrière une montagne se mettre à l’abri du vent glacial. Typiquement, la plupart des familles nomades Mongoles se déplacent deux fois dans l’année : au printemps pour aller dans les plaines ou l’herbe pousse en abondance, et à l’automne afin de se protéger du froid. La yourte en feutre sera alors recouverte d’une bonne couche de laine supplémentaire.
Finalement je comprends pourquoi il a toujours fait très froid la nuit une fois le poêle éteint : nous sommes juste avant le déménagement des familles. La nuit, la température peut descendre en dessous de -10°C mais nous dormons encore dans les yourtes d’été
! On a bien fait de s’acheter de gros duvets de montagne avant de partir. J’ai d’ailleurs toujours du mal à m’en extraire au réveil : je suis bien au chaud mais je sens littéralement la morsure du froid sur la petite partie de mon visage exposée
!
D’après Mejet, le démontage et le montage d’une yourte est très rapide. Une ou deux heures seulement
! Je comprends pourquoi les terribles hordes Mongoles étaient si rapides et surgissaient toujours là où on ne les attendait pas
!
Sous la pluie, la route est assez triste. Cela s’accorde bien avec le sentiment que j’éprouve à l’idée de retourner dans cette belle ville d’Oulan-Bator…
Pour me réconforter je glisse un CD d'ACDC dans le lecteur
. L'ambiance parfaite pour traverser ces paysages majesteux ! ![]()
Le ciel se dégage enfin au moment où nous arrivons au bord d’un lac aux eaux très bleues. La vue est superbe ! Au loin, des chevaux sauvages vaquent à leurs occupations. Je m’approche, mais ils ne sont pas faciles à photographier ; en m’apercevant, ils ont plutôt tendance à fuir ! ![]()
Le ciel se couvre de nouveau et le vent se lève. Nous pénétrons alors dans une plaine, territoire de nombreux rapaces, aigles et faucons. On en a vu énormément en Mongolie, mais j’ai toujours eu le plus grand mal à m’approcher pour prendre des photos. J’ai beau ramper, je fini toujours par me faire repérer ! ![]()
Mais cette fois j’ai un allié avec moi : le vent ! Il souffle tellement fort que les oiseaux sont plaqués au sol et ont du mal à prendre de l’altitude ! Je peux enfin m’approcher beaucoup plus près ! ![]()
Mejet, très joueur, se lance même à la poursuite d’un aigle avec le 4x4 ! L’oiseau est énorme, c’est très impressionnant ! ![]()
Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin et nous arrivons enfin en vue d’Oulan-Bator. La ville est toujours aussi moche et nous achevons notre périple dans les embouteillages
.
Nous passons devant l’aéroport international : les avions alignés sur le tarmac me sidèrent
! Il y a évidemment quelques longs courriers desservant vraisemblablement la Russie et la Chine, mais ceux qui retiennent mon attention sont les petits coucous utilisés pour les liaisons intérieures. On dirait de vieux zingues des années trente : avec leurs ailes situées au dessus du fuselage et leur hélice reliée à un moteur en étoile, ils semblent tout droit sortis d’un musée
! Je crois que même si on me payait, je refuserai de grimper à bord… ![]()
Malgré tout cela nous allons retrouver quelque chose à Oulan-Bator qui nous à manqué dans la steppe : une douche ! Cela fait dix jours que nous n’en avons pas pris... ![]()