Le Désert de Gobi

Les chameaux de Bayanzag

Le paysage traversé est incroyablement plat !
Autour de nous, une étendue infinie de gravier brûlée par le Soleil.
Et plus une trace de vie humaine. Ce n’est guère étonnant. Avec des températures pouvant aller de +40°C en été à -40°C en hiver, le désert de Gobi est un des endroits les plus inhospitaliers sur Terre.

Pourtant le paysage n’est pas complètement monotone. Après avoir quitté notre campement de la nuit dernière, entouré de collines noires, nous avons traversé une étendue parsemée de petites plantes vertes, jaunes et rouges. Puis, un paysage de gravier gris de plus en plus sombre jusqu’à devenir noir comme de l’encre.
Au loin, des mirages incroyables : les plus impressionnants que je n’ai jamais vus. Les montagnes lointaines semblent flotter dans les airs…

Mais au milieu d’une telle désolation, le 4x4 semble faire du sur place et l’ennui fini par s’installer. C’est donc avec un grand soulagement que l’on s’arrête au pied d’une petite dune pour la pause déjeuner. Au menu, comme à chaque fois que l’on s’arrête loin d’une famille, des nouilles instantanées. On en a un peu notre claque . Il faut dire que déjà dans le Transsibérien on en mangeait quasiment à chaque repas . Pour ne rien arranger, en Mongolie ils n’ont apparemment qu’une seule marque et un seul goût. Mais bon, c’est tout de même bien pratique !
Près de nous, un crâne de chameau. Comme quoi, le désert est inhospitalier même pour ces endurantes bestioles . D’ailleurs il nous arrive fréquemment de passer près d’une carcasse plus ou moins décomposée. D’après Bor, les chameaux utilisés en caravanes meurent assez fréquemment dans cette région et ont un pic de mortalité au printemps. Ayant eu froid et rien à bouffer pendant l’hiver, c’est à cette période qu’ils sont le plus fragile.

Nous repartons après avoir fait les cons sur les Dunes. D’ailleurs je me fais mal au cul en essayant de me rouler dans le sable…

Il n’est pas très tard lorsque nous arrivons dans notre famille. Ces derniers ont l’air plein aux as : il y a au moins cinq yourtes . Suffisamment pour que cette nuit nous ne dormions pas par terre, cool !
Et l’environnement alentour est magnifique : nous sommes dans une oasis et il y a même un petit lac !
L’activité principale de la famille semble être l’élevage de chameaux. De nombreux petits sont attachés près des yourtes. Visiblement, ils sont encore trop jeunes pour accompagner le troupeau. En tout cas, qu’est-ce qu’ils braillent ! En fait ils ont faim et réclament leur mère… qui ne tardent pas à arriver ! Finalement c’est pratique : on garde les petits en otage et ainsi les chamelles reviennent tous les soirs !
Cela nous permet d’assister à la tétée… qui sera assez rapidement suivie de la traite. Les petits sont vite écartés de leur mère : il ne faudrait pas qu’ils boivent tout le lait !

Après une petite promenade à dos de chameaux, nous revenons et avons la surprise de trouver de nouveaux touristes souhaitant également passer la nuit ici. Parmi eux, un écossais que nous avons rencontré quelques jours auparavant en gare d’Irkoutsk. Ils ont l’air sympa et nous partons ensemble observer les chameaux males qui sont en train de brouter des buissons dans l’oasis.
C’est alors qu’arrivent encore trois nouveaux touristes ! Décidemment, il y a foule ici. Un peu trop en fait… cette fois il n’y a plus assez de place pour loger tout le monde ! Du coup les derniers arrivants prennent place dans « notre » yourte, tandis que la famille nous fait l’honneur de nous inviter à dormir avec elle dans la yourte principale. Par terre

C’est donc tassés que nous prenons le repas tous ensembles. Nous sommes en effet une bonne dizaine d’occidentaux  accompagnés de trois chauffeurs et la famille elle-même est plutôt étendue . Mais l’ambiance est sympa . Nous avons le droit à du lait de chamelle , finalement assez léger et peu goûtu, ainsi qu’à une espèce de poivre que l’on doit sniffer. Ca arrache et quand vient mon tour je me mets à pleurer comme une madeleine…

L’arrivée du chef de famille va jeter un froid… C’est un colosse qui n’a pas l’air commode du tout !
Il a même l’air plutôt énervé et nous ne tardons pas à comprendre qu’il y a trop de touristes à  son goût... Bor, notre chauffeur qui a plutôt tendance à prendre ses aises lorsque nous sommes dans les familles se fait soudain tout petit … Le repas s’achève et les autres occidentaux  regagnent rapidement leurs pénates tandis que nous restons dans ce qui deviendra notre chambre à coucher… Nous finissons donc la soirée en compagnie des mongols et tout particulièrement d’un ami de la famille, géologue tout content de pouvoir nous parler en Anglais . Spécialiste de la désertification (le désert de Gobi progresse chaque année de 20km en Chine) il nous répète à satiété que « la Mongolie c’est joli, mais c’est pas facile ».

Dunes

Nous nous réveillons à l’aube, ce qui a l’air de faire plaisir au « Boss ». Il a l’air beaucoup moins bourru qu’hier soir et nous gratifie même de sourires !  Peut-être pensait-il que nous allions flemmarder au lit, enfin par terre, jusqu’à onze heures ?
C’est alors mon regard se pose sur l’autel. Les mongols suivent les préceptes du bouddhisme Tibétain. Je ne suis donc pas surpris d’y trouver une vieille photo racornie du Dalai Lama ainsi que du « Bogdo Gegen », autre figure remarquable du bouddhisme pour les Mongols. C’est alors que je me souviens
Mes rêves d’Asie Centrale ont d’abord été bercés par la lecture de deux récits de voyages : « Courrier de Tartarie » de Peter Flemming et « Oasis interdites » d’Ella Maillard. Ensembles, ils ont traversé à pied la Mongolie Intérieure en 1935 et ont, chacun de leur coté, relaté par écrit leur long et périlleux périple.  Ils narrent qu’offrir une photo du Dalai Lama est ce qu’ils pouvaient faire de mieux pour s’attirer les bonnes grâces des Mongols croisés en chemin.
Comment ai-je pu l’oublier ?! Si cette tradition a maintenant difficilement court au Tibet, car les photos du Dalai Lama sont interdites en Chine, je réalise que tous les gens qui nous ont hébergés auraient grandement apprécié ce geste ! Ca aurait en tout cas montré notre respect pour leur culture, ce dont Le Boss, semble avoir douté jusqu’à présent…
Raaaah c’est vraiment trop bête !

Tant pis, pas le temps de nous appesantir là-dessus : nous avons un bon bout de chemin à parcourir jusqu’aux Dunes de Khongoryn Els. Le temps de prendre un petit thé au lait de chamelle et nous levons le camp !

Peu de temps après notre départ, nous marquons une pause afin d’observer des œufs de dinosaures. La région est en effet très riche en fossiles et notamment en œufs. Malheureusement une tempête de sable vient de se lever et déambuler hors du véhicule devient rapidement pénible . De plus, Bor ne semble pas trop savoir où se trouvent ces œufs et ce que nous devons essayer de chercher. Du coup, à part une vague trace blanche, on ne voit pas grand-chose . Sindy est dubitative quant à l’existence de ces œufs. Pour ma part, je me dis qu’on en verra plein au Musée d’Histoire Naturelle d’Oulan-Bator, réputé pour sa collection de fossile.

La route redevient très monotone.

Nous faisons notre pause déjeuner au pied de collines très escarpées. Pratique pour se protéger du vent !
Je pars en exploration : peut-être que de là-haut j’arriverai à avoir une belle vue sur tout le désert ! La pente est raide et le sol couvert de gravier noir. C’est un peu casse-gueule… Je m’apprête à faire demi-tour lorsqu’un aigle, énorme, passe à quelque mètre au dessus de ma tête.  Il est magnifique ! Je m’imagine déjà attaqué par l’oiseau pour m’être approché trop près de son nid... Fort heureusement, il n’en est rien : sa curiosité assouvie, il s’éloigne et décrit de grands cercles à la recherche d’une proie. Ouf ! Dommage tout de même de ne pas avoir eu le réflexe de prendre une photo : je ne pense pas revoir un aigle d’aussi près de si tôt…

Nous reprenons la route et ne tardons pas à arriver aux Dunes de Khongoryn Els. Une fois encore, nos nouveaux hôtes nous accueillent avec de grandes rasades de thé au lait, accompagnées de petits gâteaux très secs. Ils sont habillés de manière assez moderne et possèdent même une petite machine à laver, branchée sur un panneau solaire ! En revanche, ils n’ont pas l’éclairage électrique.

Sindy et moi essayons d’atteindre les Dunes, distantes de quelques kilomètres, à pied. Malheureusement notre route sera rapidement barrée par une rivière, infranchissable si on ne veut pas détruire nos chaussures de randonnées. Il nous faudra donc nous résoudre à passer par un gué… à bord du 4x4 !
Mais cette petite excursion nous permet de croiser un troupeau de chevaux. Curieux, ils s’approchent de nous. Puis soudain, ils se mettent à galoper devant nous . C’est très impressionnant… et carrément magique !

Nous finissons cette belle journée en regardant le coucher de Soleil du haut des dunes…

Le canyon

Le lendemain, après un dernier regard sur les Dunes, nous nous élançons en direction de Yolin Am où se situe un canyon tellement encaissé qu’il s’y trouve de la glace à longueur d’année.
Nous longeons les Dunes sur plusieurs dizaines de kilomètres avant de pénétrer dans les zones plates, si courantes finalement dans le Gobi. Mais le paysage est tout de même moins monotone qu’hier : de petites herbes colorent le sol et nous croisons parfois de grandes étendues entièrement recouvertes de sel.

Nous traversons un petit village poussiéreux, perdu au milieu de nulle part. Il n’est pas composé de yourtes, mais de maisons en dur. Dans un coin, des ados jouent au basket. Ils ont un vrai terrain avec des paniers, mais pas de ballon. Faute de mieux, une bouteille en plastique fait l’affaire…
Ces villageois auraient certainement été plus heureux si ils avaient pu rester éleveurs.

La conduite au milieu du canyon n’est pas triste ! Mais Bor, chauffeur hors pair, s’en sort haut la main ! Nous finissons tout de même par atteindre une partie non praticable en voiture que nous parcourons à pied.
Comparativement aux paysages magnifiques que nous avons traversés jusqu’à présent, je suis un peu déçu par Yolin Am. Et les montagnes de glace auxquelles je m’attendais ne sont en réalité que de petits tas de neige.
Mais Sindy est beaucoup plus enthousiaste que moi et Yolin Am est un de ses endroits préféré. Comme quoi les goûts et les couleurs…

Cette nuit, notre yourte sera particulièrement confortable, avec un grand lit à deux places à l’Occidentale. Le top ! Et comme nous somme dans une région exposée au vent, notre famille nous fournit une grande vasque de combustible pour le poêle afin de nous chauffer. Un détail amusant : il n’y a pas de bois dans le désert de Gobi. Le combustible utilisé par les Mongols est donc composé… des déjections de leurs chameaux, l’Argol ! Il n’y a pas de perte, c’est pratique !
Dans les faits, je ne suis pas très doué avec les poêles et très souvent, lorsque je dois raviver le feu, une fumée acre se répand dans la ger
Bor, qui dormira avec nous cette nuit a reçu un message qui le préoccupe : sa sœur ne se porte pas très bien et il va devoir retourner sur Oulan-Bator au plus vite. Du coup, son chef, le fameux Mejet dont tout le monde parle sur les forums francophones, va parcourir 500 kilomètres afin de prendre le relais demain soir !

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