
A peine le temps de prendre le petit déjeuner que notre chauffeur arrive déjà. Âgé d’une cinquantaine d’années, il se prénomme Bor, et a l’air plutôt sympa ! En plus on a de la chance, il a quelques rudiments d’Anglais et parle assez bien Russe
! En accompagnant nos charabias respectifs de quelques gestes, on devrait pouvoir réussir à communiquer
! Et j’ai également un guide de conversation en Mongol ! Mais la prononciation me semble difficile… ![]()
C’est le moment de partir. Enfin presque. Il nous faut quand même faire le plein d’essence, car les pompes ne seront pas légions sur notre route. Il faut également acheter des bonbonnes de gaz. Normalement, on va essayer le plus possible de loger chez l’habitant et de partager leurs repas. Mais à défaut de pouvoir le faire, le gaz sera utile pour manger chaud ! ![]()
L’essence, bien qu’assez chère (plus d’1€ le litre), ne pose aucun problème. En revanche impossible de trouver du gaz ! Bon, on verra bien à Karakorum…
Confirmant l’impression de départ, Bor s’avère plutôt sympa
. En tout cas il ne rechigne pas à s’arrêter plein de fois pour que je prenne des tas de photos et ça c’est important pour moi
! Il nous met de la musique Mongole traditionnelle, qui pour nous sonne assez Chinois, et chantonne. Bref ambiance coolos dans le 4x4
!
Durant notre pause déjeuner, dans un petit village, nous croisons un Russe parlant très bien Mongol. Bor nous fait comprendre qu’il ne les aime pas. Il y en aurait plein en Mongolie, la plupart du temps à la recherche de ressources naturelles. Le sous sol Mongol regorge en effet de richesses minières qui attisent toutes les convoitises. En particulier celles des voisins Russes et Chinois… ![]()
En tout cas, les paysages sont vraiment chouettes ! Nous sommes sur un des axes principaux ; l’une des deux seules routes goudronnées du pays !
Mais il n’y a pas grand-chose autour de nous. Contrairement aux paysages boisés traversés en Sibérie, la steppe Mongole est beaucoup plus vide. D’autant plus que nous sommes à l’automne : la saison des fleurs et de l’herbe verdoyante est loin derrière nous.
Nous croisons de temps en temps un troupeau de chèvres et son gardien à cheval. Loin de l’image des farouches guerriers de Gengis Khan, les Mongols sont… des Cow-boys
! En tout cas ils sont d’approche assez facile et ne sont aucunement dérangés par nos photos
.
Un peu plus loin nous prenons même deux autostoppeurs, en grande tenue d’apparat ! On ne comprend pas bien où ils vont, mais ils sont vraiment très heureux que nous nous soyons arrêtés et ils nous remercient chaleureusement lorsque nous les déposons. Moi, j’aime bien les Mongols ! ![]()
Et ça tombe bien, car ce soir on va squatter une yourte ! Bor, qui passe sont temps à parcourir la Mongolie dans tous les sens, connait bien certaines familles généralement prêtes à héberger les touristes. Nous les dédommagerons, bien entendu, mais cela nous coutera nettement moins cher que les camps de Gers (yourtes) spécial touristes disséminés près des lieux les plus touristiques
. Et puis quoi de mieux pour découvrir un pays
?
Après avoir subi deux refus, nous atterrissons finalement chez un couple assez âgé possédant quatre yourtes ! Ils se sont en fait installés quelques centaines de mètres plus loin que le reste de leur famille ; mais on ne voit pas grand-chose d’autre car la nuit commence à tomber et de gros nuages menaçants obscurcissent le ciel
. Pourvu que demain on n’ait pas un temps de merde !! ![]()
L’intérieur de la yourte est finalement assez spacieux, et très bien aménagé ! Comme dans toutes les yourtes, la porte d’entrée est située à l’ouest. Il y a un grand poêle servant de chauffage et de cuisinière ainsi qu’une table et des meubles de rangement. Et oh surprise : une petite télé noir et blanc
! Elle est alimentée par une batterie de voiture qui a été chargée pendant la journée à l’aide d’un panneau solaire
! Ca ne va pas tenir longtemps, mais assez pour regarder un épisode d’un feuilleton Coréen que notre famille semble suivre assidûment
. Nous devinons qu’il est question d’un amour impossible dans un village au Moyen-Âge. ![]()
Après un bon bol de thé salé, il est temps de passer aux choses sérieuses : l’apéro
. Notre hôte sort alors d’un placard… une vieille tête de mouton toute desséchée qu’il commence à rogner
! Il commence à la faire tourner, et chacun gratte alors un petit bout de viande avec son couteau avant de faire suivre à son voisin. Chouette…
C’est quand je pense en avoir enfin terminé cette tête qu’il la retourne et arrache un grand morceau du palais. Un morceau de choix visiblement, qu’il s’empresse de me proposer
… sympa. Mais franchement dégueulasse
!
Le reste du repas consistera en de la viande de mouton accompagnée de sortes de pâtes et légumes, le tout arrosé de bols de lait. Pas mauvais finalement ! ![]()
La nuit est agitée : en plus de la tempête, les chiens passent leur temps à gueuler
. Il faut savoir que chaque famille possède plusieurs chiens, souvent pleins de vigueur et qui peuvent parfois se montrer agressifs
. En effet leur rôle est de protéger les troupeaux ; contre d’éventuels voleurs ou… les loups
! D’ailleurs la première phrase indiquée dans mon guide de conversation signifie « retenez le chiens »
. Bref, je n’ai pas trop envie de sortir faire un petit pipi nocturne…![]()
La nuit a été agité, mais le matin nous réserve une bonne surprise : il fait un super temps
! Ah enfin on voit le même ciel bleu que sur les cartes postales et les sites Internet ! Et y’a même des chameaux juste à côté des yourtes
!
Pour le petit dej, nous avons droit a des espèce de pancakes. En fait il s’agit de galette de… crème fraiche ! Elle est tellement épaisse qu’on peut la prendre à la main
! C’est riche, mais je trouve ça drôlement bon ! ![]()
Nous ne nous attardons pas et sommes bientôt en route pour Karakorum. Ancienne capitale de l’empire de Gengis Khan, elle fut entièrement rasée par les Chinois et ne serait maintenant plus qu’un bourg poussiéreux sans intérêt… si ce n’était la présence d’un temple dédié au bouddhisme Tibétain : un des plus grands situés hors du Tibet
!
Il est vraiment magnifique
. Et l’ambiance fait vraiment très Tibétaine. Ou tout du moins se rapproche de l’image que je m’en fais d’après « Tintin au Tibet »
. Il est toutefois dommage que seuls trois bâtiments soient d’origine : uniques rescapés des destructions de temples ordonnées par les dirigeants Communistes à l’époque de la Guerre Froide. ![]()
Devant un de ces trois temples, deux lamas soufflent dans un doungkar afin d’appeler les moines à la prière
. Ces derniers récitent tous les noms connus de Bouddha dans un chant des plus envoûtants, parfois entrecoupé de coups de gong ou de sonnerie de trompette. C’est vraiment génial
!
Nous quittons cet endroit magique pour nous rendre à un second temple, situé plus à l’écart de la ville. En chemin nous nous rendons compte que les plaines que nous traversons sont littéralement infestées de souris. Paniquées par le 4x4, des centaines d’entre elles courent dans tous les sens pour se réfugier dans leur tanière. Je ne sais pas combien y’en a mais c’est impressionnant
. D’ailleurs, lorsqu’on est hors du véhicule, on peut les entendre « couiner » depuis leurs galeries… sous nos pieds
!
Ce soir notre famille est aisée. Elle possède pas mal de yourtes, signe extérieur de richesse ici, et même une parabole pour recevoir le satellite
! Reliée à une petite télé noir et blanc branchée une nouvelle fois sur batterie de voiture
…
Nous sommes bien reçus ! Comme le veut la tradition, sitôt le seuil de la porte franchi on nous offre à boire
. Mais cette fois, pas de bol de lait ou de thé salé. On nous sert de l’Airag. Fabriqué à base de lait de jument fermenté, c’est un peu la bière locale
. Ca donne effectivement l’impression de pétiller un peu
… mais surtout je trouve ça franchement dégueulasse ! Sindy est du même avis que moi… ![]()
Je me force tout de même à finir mon bol, mais c’est dur ! ![]()
Etant arrivés assez tôt, nous passons notre après-midi à nous promener autour du campement. Le paysage est vraiment magnifique ! Au moins c’est sûr qu’ici on ne sera pas dérangé par les voisins : il n’y a personne à des kilomètres à la ronde
. Hormis un troupeau de chevaux, semi-sauvages, qui ajoutent encore plus de magie à ce lieu fantastique. ![]()
Sindy est malade
. Nous sommes couchés un peu plus d’une heure lorsqu’elle me demande de l’aider à s’extirper de son sac de couchage. Trop tard ! Le beau tapis en prend un coup
… Sindy se précipite dehors tandis que je tente de réparer les dégâts avec les moyens du bord.
Instantanément, je ressens les effets du froid. Non entretenu, le feu du poêle s’est éteint et dehors il fait dans les -10°C ! Je n’ose pas imaginer ce que ressent Sindy en ce moment
!
La bonne nouvelle c’est que nous avons dans notre trousse à pharmacie tout ce qu’il faut pour la soigner. La mauvaise c’est qu’il va falloir attendre plusieurs heures avant que les médicaments ne fassent effet. Sindy passera donc une nuit affreuse, ponctuée de sorties hors de la yourte
. Dans un froid glacial et avec pour seule compagnie les chiens de la famille s’assurant qu’elle ne s’approche pas trop près des troupeaux
. Saloperie d’Airag ! ![]()
C’est bien dommage, car nous avons tout prévu pour faire une petite virée à cheval au petit matin. Mais, trop fatiguée et encore un peu malade, Sindy y renonce.
Je me retrouve donc seul avec le fils ainé et nous passerons deux heures à déplacer les troupeaux d’un point A à un point B. Les mongols sont de vrais cow-boys ; dans le sens berger à cheval. ![]()
Avant de nous élancer en direction du fameux désert de Gobi, qui marque la frontière entre la Mongolie et la Chine, nous faisons un détour par la vallée de l’Orkhon qui abritait le cœur de l’Empire Mongol à l’époque de Gengis Khan. Au printemps c’est une vallée verdoyante et fleurie, mais nous sommes en Octobre et, à l’instar des steppes traversées jusqu’à présent, la végétation est plutôt desséchée. Mais les paysages restent tout de même magnifiques ! ![]()
Nous faisons halte près d’une des plus grandes chutes d’eau du pays. C’est vraiment très impressionnant
! L’endroit est d’ailleurs un haut lieu du tourisme Mongol et nous apercevons au loin nos deux premiers occidentaux depuis que nous avons quitté Oulan-Bator.
Est-ce à cause de cette grande fréquentation que nous avons du mal à nous loger ? Toujours est-il que nous essuyons des refus auprès de chaque famille campant près des chutes. Nous nous rabattons donc sur un petit village un peu plus éloigné.
En guise de "village" il s’agit d’un rassemblement de quelques yourtes entourées de clôtures délimitant un petit « jardin ». Vu l’espace disponible ici, je trouve ça complètement incongru ! ![]()
Une fois de plus nous sommes reçus comme des princes dans cette famille, composée d’un couple et de leur fillette de neuf ans. Comme d’habitude les présentations se font autour d’un bol de thé au lait et comme d’habitude, impossible de retenir plus de cinq minutes les noms, imprononçables… ![]()
Au menu, il y aura des boulettes à la viande. J’ai eu l’occasion d’y gouter à Oulan-Bator et j’adore ça
. La mère confectionne la pâte à l’aide d’eau et de farine, aidée de sa fille qui prépare la farce. Le père, pour sa part, est occupé à réparer une des parois de la yourte. Afin de fabriquer une nouvelle armature, il assemble de petites planches de bois à l’aide de lanières en cuir qu’il tranche d’un coup sec et précis de son grand couteau. Observer ces gens est passionnant ! ![]()
Le repas, préparé en une heure et demi
est englouti en cinq minutes et nous ne tardons pas à nous coucher. Il faut dire qu’une fois la nuit tombée, il n’y a pas grand-chose à faire ici… La fillette parvient toutefois à me subtiliser mon carnet de notes et semble émerveillée par tout ce charabia
!
Dehors, les chiens se battent et je me dis que j’attendrai demain pour aller soulager ma vessie… ![]()
Je ne sais pas si j’ai bien fait… ![]()
Village oblige, pour une fois il y a une vraie structure prévue pour les petits et gros besoins : deux ou trois petits cabanons en bois, alignés et construits autour d’une fosse puante. Alors que je viens de m’installer, dans une position plus qu’inconfortable, j’aperçois tous les enfants du village s’élancer joyeusement vers moi, vraisemblablement pour les même raisons. C’est plutôt gênant, d’autant plus qu’il n’y a pas de porte sur les cabanons
… Je n’ai pas du tout envie qu’ils se plantent tous à un mètre de moi pour faire la queue ! ![]()
Ouf ! Finalement ils passent leur chemin. En fait l’installation des cabanons doit être récente car visiblement ils préfèrent l’étendue herbeuse située juste derrière. Les voir tous alignés en position accroupie à 50 mètres du village est assez surréaliste… ![]()
Il est temps de nous remettre en route.
C’est interminable ! De chaque coté autour de nous, au moins 100 km de vide ! Et on n’est encore pas dans le désert… ![]()
En revanche, ça grouille de vie. De temps en temps nous croisons un troupeau. Quelques yacks
, les derniers en quittant la steppe, et les premiers chameaux à l’orée du Gobi. Mais ce qui frappe c’est la quantité de rapaces. En permanence, des aigles et des faucons tournent dans le ciel. Parfois ils se posent non loin de la piste et je fais alors arrêter le 4x4 pour tenter de les prendre en photo… Mais les bestioles se méfient et je dois ramper si je veux avoir une chance ! ![]()
Il n’y a pas grand-chose ici. Pas même une famille chez qui squatter
. Nous passerons donc la nuit dans un petit camp de gers "touristique", idéalement placé pour les nombreux occidentaux se rendant dans le désert
. Mais c’est le mois d’Octobre et nous sommes seuls. En fait on a de la chance : si on était arrivé un peu plus tard, le camp aurait fermé ses portes et replié ses yourtes. Ce ne sera que pour demain du coup !
Mais nous serons déjà loin, en plein Désert de Gobi !