
Nos voisins nous font toujours la gueule.
Mais on s’en fout car on arrive enfin à Irkoutsk après quatre jours de train et un parcours de 5200 kilomètres.
La première chose à faire est de rejoindre l’auberge de jeunesse Baïkaler. Elle est chaudement recommandée dans le Lonely Planet et apparemment vend des billets de train. C’est cool, car échaudés par notre expérience à Moscou, on préfère assurer le coup et avoir affaire à des anglophones plutôt que d’aller au guichet de la gare. ![]()
Nous avons l’adresse, nous n’avons aucun problème pour nous déplacer en tramway, mais une fois devant l’immeuble… impossible de trouver l’auberge
! A l’intérieur du bâtiment se trouvent seulement une auto-école, une banque et un dentiste.
Nous finissons par trouver. Il fallait entrer par une vieille porte de service à l’arrière de l’immeuble ! C’est la troisième fois que ça nous fait le coup ! ![]()
Malheureusement une fois dans l’Auberge nous devons déchanter : il n’y a plus de lit de libre et ils ne vendent pas de billet de train. Il va nous falloir retourner à la gare ; on n’a vraiment pas assuré sur ce coup là !
Au passage merci le Lonely Planet pour l’information erronée…
Pour ce qui est du manque de chambres, on aurait dû s’en douter : Irkoutsk est une étape incontournable sur le chemin menant au Lac Baïkal, mais n’a que peu d’hôtels. Nous allons donc dormir chez Svetlana qui propose une chambre d’hôte non loin de là. C’est toujours aussi galère à trouver. On se dirige directement vers la petite porte arrière, mais on dirait vraiment un local à poubelle… fermé.
Finalement, après avoir crié plusieurs "Svetlana", cette dernière descend nous ouvrir : c’est bien ici ! ![]()
Retour à la gare afin d’acheter les billets pour Oulan-Bator en Mongolie. Ca ne se passe finalement pas trop mal et on a vraiment eu tort de ne pas commencer par là !
Il nous faut maintenant nous enregistrer une nouvelle fois. Et oui, comme nous allons rester quatre jours dans la région, oublier de se signaler à la police pourrait être fâcheux lors de notre sortie du pays. ![]()
L’enregistrement se passe à l’hôtel Angara, établissement le plus prestigieux de la ville. Malheureusement, à notre arrivée, le bureau concerné vient tout juste de fermer. Il nous faut patienter 1h30 ! Fait chier ! ![]()
Bon, bah profitons-en pour visiter Irkoutsk et acheter nos billets de bus pour pouvoir rejoindre le Lac Baïkal dès demain !
La ville, traversée par une grande rivière, l’Angara, est vraiment sympa ! L’ambiance y est beaucoup plus paisible qu’à Moscou et, s’il n’y a évidemment pas de monuments aussi imposants que dans la capitale, l’architecture générale correspond assez à l’image que l’on peut se faire d’une grande ville Sibérienne. Il y a de nombreuses maisons anciennes tout en bois, ainsi que pas mal d’églises, en bois également.
De plus les gens ont l’air plus détendus ici. ![]()
Bref j’aime bien Irkoutsk ! Une vieille dame, inquiète de mon Russe hésitant, s’assure même que le vendeur de billet de bus comprend bien que je veux aller au Lac Baïkal. Les gens ici sont sympa ! ![]()
Les meufs du bureau de l’enregistrement, elles, sont moins sympas.
Elles sont désagréables et nous font comprendre plutôt sèchement qu’il nous manque le formulaire que nous avons rempli lors de notre entrée en Russie.
Je suis donc obligé d’aller le chercher en courant, car le dit bureau ne reste pas ouvert bien longtemps… ![]()
Nous avons finalement passé le plus clair de la journée à courir à droite et à gauche pour obtenir des formulaires et acheter des billets. C’est le problème lorsque l’on voyage sans agence.
Mais malgré tout je reste persuadé que c’est le meilleur moyen pour découvrir un pays et ses habitants
! Et grâce à cela nous avons maintenant un petit aperçu de l’administration Russe… ![]()
On se lève assez tôt pour prendre le bus de 9h30. La gare routière est super loin et en plus, impossible de choper un tramway pour y aller!
Une fois dans le bus, c’est un peu la galère, car il n’y a pas assez de places assises pour tout le monde. Heureusement on arrive à en avoir une. On fera donc les deux heures de trajet assis, mais compressés contre notre gros sac posé sur nos genoux !
A bord du bus, y’a même deux gars debout avec leur VTT, dont ils filent des coups de roue à leurs voisins au moindre mouvement ! ![]()
Listvianka, est la ville au bord du lac Baïkal la plus facile d’accès au départ d’Irkoutsk. Ancien petit village de pêcheur, elle est en passe de devenir un lieu touristique très prisé des occidentaux et des Russes fortunés du coin. Nous n’aurons donc aucun mal à trouver un logement ; la plupart des villageois proposant des chambres d’hôte. ![]()
Afin d’optimiser notre temps, je laisse Sindy acheter nos billets retour pendant que je nous cherche une chambre. J’atterris rapidement chez Viktor, un type sympathique habitant une charmante maison de bois et qui visiblement élève des chèvres dans le jardin
. Il est très prolixe et me parle très, très vite. Du coup, je ne comprends rien de rien ! ![]()
Viktor m’emmène visiter une pure chambre ! Cool, ça me plait !
C’est combien ?? 3000 roubles la nuit ! Ouch, ça fait plus de 80€, ce qui est très cher
. Je fais la moue et commence donc à négocier ce qui ramène immédiatement le prix de la chambre à 350 roubles ! Et ben ! Ca c’est de la négociation ! Quel que soit le pays, jamais je n’étais parvenu à un tel résultat
! C’est Sindy qui va être contente !! ![]()
Tout fier de moi je retourne la chercher et nous commençons à installer nos affaires. Viktor vient alors nous voir, l’air un peu gêné. Certainement la timidité !
J’ai toujours autant de mal à comprendre ce qu’il raconte, mais il tient absolument à nous montrer quelque chose au premier étage. Nous le suivons donc pour atterrir dans un petit dortoir avec trois lits. C’est alors qu’il recommence à parler du tarif des chambres. Enfin en tout cas je capte qu’il reparle de 3000R
. Sindy, qui a entendu comme moi, se demande s’il ne veut pas que l’on fasse de la pub aux autres touristes. C’est à ce moment là que l’on comprend notre boulette : la chambre du bas c’est 3000R et le dortoir c’est 350R ! Donc nous c’est le dortoir… et je n’ai en fait rien négocié du tout ! Quels boulets on fait ! ![]()
Heureusement cela n’entame pas la bonne humeur de Viktor qui a l’air tout content de nous recevoir ! ![]()
Après une rapide collation, nous partons en balade pour atteindre un point de vue sur le lac. Il est en effet entouré de collines boisées donc c’est assez facile de prendre de la hauteur.
Le lac Baïkal est gigantesque. Moins étendu que les grands lacs Américains, il fait tout de même 640 km de long
! Il est surtout beaucoup plus profond : 1700 mètres par endroit ! C’est donc une véritable mer qui s’étend devant nous et j’ai bien du mal à m’imaginer que dans trois mois le lac sera suffisamment gelé pour permettre de circuler dessus en 4x4 sans aucun problème
!
Et oui, nous sommes en Sibérie ! Pour le moment c’est le début de l’automne, il fait beau et encore au dessus de zéro, mais dans quelques temps la température tournera autour de -20°C. Et encore ! Le lac tempère la zone qui échappe aux -30°C de cette partie de la Sibérie... ![]()
Quoi qu’il en soit, la vue est vraiment magnifique !
Nous prenons notre temps pour profiter de chaque instant et, le temps de redescendre, le soleil est déjà en train de se coucher. Et là la Sibérie se rappelle à nous : une fois le soleil disparu la température chute de façon vertigineuse ! C’est littéralement glacial ! Et pour ne rien arranger Sindy commence à avoir la crève
. Pas étonnant avec tous les chauds et froids qu’on s’est tapés à chaque arrêt du transsibérien : exactement 27°C à l’intérieur et autour de 5° à l’extérieur !
On se réfugie donc dans un petit restaurant, surchauffé ! Ca inspire d’ailleurs nos voisins Russes qui se tapent 2 bouteilles de vodka… à quatre ! ![]()
Notre retour, en pleine nuit, est assez périlleux : la route plongée dans l’obscurité, est en effet criblée de « crevasses » de parfois trois mètres de diamètre pour… deux mètres de fond
! Mieux vaut ne pas tomber dedans ! Les étoiles en revanche sont magnifiques ! Dommage qu’il soit un peu dangereux de lever la tête… ![]()
Viktor est sympa, il a allumé le poêle à bois. Il marche si bien que dans la chambre il doit faire dans les 35 / 40°C ! C’est vraiment insupportable et bien que la température extérieure soit largement négative, on ouvre afin de pouvoir respirer
. Mais finalement on fini par s’habituer et par se prendre au jeu. Et puis qui sait, une bonne suée pourrait faire retomber la fièvre de Sindy !
Aujourd’hui nous allons essayer de rejoindre Bolshiye Koty. D’après note Lonely Planet, il s’agit d’un charmant village Sibérien situé non loin de Listvianka. Nous devrions pouvoir y aller soit à pied, soit en bateau. Sindy va mieux donc ça devrait pouvoir le faire ! ![]()
Je la laisse tout de même dormir et part à la pêche aux renseignements. Viktor à l’air de dire qu’à pied c’est loin… Je revérifie dans le guide et… non y’en a pour vingt minutes en bateau, donc ça ne doit pas être aussi loin que ça
. Je me rends alors à l’accueil d’un hôtel : parler en anglais me permettra d’en être sûr
. La nana m’assure que y’en a pour deux heures à pied. Ou bien je peux essayer de louer un bateau ; je devrais en avoir pour environ 500R de l’heure.
Tout cela s’annonce bien, et je retourne chercher Sindy. Nous prenons un petit dej’ en compagnie de Viktor qui nous sort une grande jarre remplie d’une sorte de glue blanche. Qu’est-ce que c’est que ce truc ??? Quand même pas de la graisse de chèvre ?? On m’en a servi une fois lors d’un petit dej’ au Maroc et c’était immonde !!! Ouf… il ne s’agit que de Miel
! Viktor nous sort également un peu de sa gnole. C’est un peu hardcore dès le matin, mais on accepte poliment et en fait elle est très bonne. ![]()
Nous voilà donc parti du bon pied afin de trouver un bateau pouvant nous amener à Bolshiye Koty. Le problème, c’est qu’une fois arrivés au port, on ne sait pas très bien à qui s’adresser. Nous remarquons alors trois types qui ont l’air de mouler sur un bateau. Seulement voilà, ils ne veulent pas nous prendre pour moins de… 5000 roubles ! Gasp ! Dix fois le tarif qu’on m’a annoncé ce matin.
Et en plus ils ont l’air visiblement de se foutre de notre gueule. ![]()
Du coup on ne cherche pas à marchander, on se barre.
Allons-y à pied ! ![]()
Sur le chemin, un marché. Nous en profitons pour demander la direction à suivre. Les réponses sont contradictoires. Certaines personnes nous indiquent un chemin, tandis que d’autres nous disent que c’est impossible. Bon on verra bien !
En tout cas ça grimpe dur ! Mais cela vaut la peine : la forêt est vraiment magnifique et parfois nous apercevons le lac en contrebas. Génial !
Mais bientôt le sentier s’arrête. On pourrait bien essayer de continuer en pleine forêt. Mais ça semble louche. On essaie donc par un autre chemin, mais, une fois encore, nous sommes bloqués par… un observatoire astronomique
! Ce n’est pas anodin ! Bon, il reste encore un chemin à explorer qui nous mène… à la seconde entrée de l’observatoire. La gardienne du lieu, qui vieille, nous gueule dessus. On n’est pas les bienvenus ici. ![]()
Impossible de trouver le chemin, qui devrait pourtant longer la cote. Après avoir, en vain, pris un peu de hauteur, nous rebroussons chemin. Je suis assez déçu par cet échec mais je me console en me disant qu’on a quand même fait une chouette balade en forêt ! ![]()
Lorsque nous rejoignons Listvianka, c’est l’effervescence ! Nous sommes samedi après midi et de nombreux habitants d’Irkoutsk viennent passer le week-end au vert. Les plus fortunés se sont fait construire des villas flambant neuves, tandis que les plus modestes camperont. L’ambiance est bonne en tout cas : barbecue et guitare en famille !
![]()
J’en profite pour acheter et manger un Omul fumé au barbecue
. L’Omul est un poisson endémique du lac Baïkal très apprécié dans toute la Russie. Vu qu’on est à la source, autant en profiter ! D’ailleurs c’est le septième que je mange en deux jours… Je sais, je suis un goinfre. ![]()
Nous terminons finalement la journée par un tour en bateau. Ca tombe bien, comme il va dans la bonne direction, on va pouvoir évaluer la distance qui nous séparait de Bolshiye Koty. Et en fait… c’est tellement loin qu’on ne l’aperçoit pas. Deux heures de marche ? Finalement la meuf de l’hôtel m’a pipoté : elle n’en savait rien du tout !! ![]()
Nous rentrons rapidement chez Viktor : demain on se lève tôt pour rentrer à Irkoutsk. Et puis une fois la nuit tombée il n’y a plus grand-chose à faire dehors… Viktor est toujours aussi content de nous retrouver : il nous raconte un peu sa vie, devant un verre d’eau de vie.
Visiblement il veut développer son activité de chambres d’hôte et il a bien raison : je suis sûr que l’activité touristique explosera dans les prochaines années.
Ca fait déjà un moment qu’on est levé et pas de trace de Viktor. C’est ballot, on n’a pas trop envie de partir en laissant la maison ouverte… Finalement il revient ! On est dimanche, il était tout simplement à la messe ! ![]()
De retour à Irkoutsk. On commence à connaître un peu la ville, alors on se balade tranquillement tout en essayant de trouver quelque chose à manger. Nous tombons sur le marché dominical. Je me rends compte alors à quel point la ville fait « Européenne ». Ici on l’oublie facilement, mais si on regarde une carte, on se rend compte qu’on est en plein cœur de l’Asie. Au même niveau de longitude que la Mongolie, la Chine et la Thaïlande ! D’ailleurs ici on voit pas mal de Russes d’ethnie « mongoloïde ». Malheureusement souvent occupé à des tâches clairement subalternes… ![]()
Le hasard de nos pérégrinations nous amène sur un square où se tient un bal donné par une fanfare ! Cool…
La musique sonne tout à fait "Russe" et certains danseurs sont plutôt doués. ![]()
Ouais, définitivement, j’aime beaucoup cette ville ! ![]()
Mais le temps file vite et il nous faut maintenant retourner à la gare. Direction la Mongolie !!
Nous prenons une dernière fois le tramway et, pendant que nous l’attendons, nous nous faisons accoster par un gars qui a l’air plutôt louche. Ca fait déjà un moment qu’il nous mate et il y a quelque chose qui ne me revient pas dans son regard. Bref il nous fait un peu flipper
. Son haleine empeste la vodka : il est complètement bourré ! Mais finalement il se détend lorsqu’on lui dit qu’on est Français. Visiblement on a la côte ici, et c’est plutôt une bonne chose. ![]()
Du coup, il se met à énumérer tout ce qu’il connait de la France : Paris, Napoléon, la Résistance, la Guerre d’Algérie, la Légion Etrangère, les fusils FAMAS et… Joe Dassin
! C’est tellement inattendu qu’on lui fait répéter plusieurs fois et qu’on fini par bien rire
! Heureusement, il ne se vexe pas… et le tramway fini par arriver.
Le train est à l’heure : nous allons bientôt quitter la Russie !