
Notre train part à 13h30, ce qui nous laisse le temps de nous promener une dernière fois avant de quitter la capitale. Malheureusement, on est dimanche et le moins que l’on puisse dire c’est que c’est tout mort ! En plus le quartier choisi n’a rien de terrible. ![]()
On se redirige donc une dernière fois vers la Place Rouge afin de se prendre un petit dej’ lorsqu’on s’aperçoit qu’il n’y a personne devant l’entrée du Mausolée de Lénine. Pas le temps de réfléchir ! Sindy, moins intéressée, se propose pour garder mon appareil photo (rigoureusement interdit), tandis que je fonce pour une visite éclair. Au passage, je passe devant les tombes de Kroutchev, Brejnev et Staline… ![]()
Dans le Mausolée lui-même, ça ne rigole pas. L’ambiance est sombre, pas le droit de faire un bruit et de nombreux gardes veillent à ce qu’on ne manque pas de respect au « Guide de la Révolution »… qui ressemble à s’y méprendre à une statue de cire genre musée Grévin
! Ce n’est guère étonnant, car tous les dix-huit mois le corps est plongé dans un bain chimique : il ne doit plus y avoir grand-chose de naturel chez Lénine. ![]()
Nous allons au McDo et je me prends un Mac Morning. Et voilà comment en 15 minutes on résume symboliquement le parcours de l’URSS… ![]()
Nous n’avons aucun problème pour trouver notre train et nous faisons rapidement la découverte de notre environnement immédiat, qui sera notre petit monde durant les trois prochains jours.
Notre wagon, de seconde classe (Kupe), est administré par deux « hôtesses », les prodvonitsas. Elles sont chargées de vérifier les billets, mais également de l’entretien du wagon, de l’approvisionnement en eau bouillante du samovar (grande bouilloire commune chauffée au charbon) ainsi que des conflits entre passagers.
Les nôtres sont deux jeunes femmes, une brune et une blonde qui n’ont pas l’air de rigoler. Surtout la blonde, qu’on a l’air de déranger à chaque fois que l’on s’adresse à elle ! ![]()
Nous « logeons » dans un compartiment de quatre personnes. Notre voisine Gallia est une charmante vieille dame qui parle quelques mots d’Allemand et… d’Arabe !
Voilà qui est étonnant, car le moins que l’on puisse dire c’est que les Russes ne sont dans l’ensemble pas très portés sur les langues étrangères. Elle nous apprend qu’elle a vécu en Allemagne de l’Est, en Ethiopie et au Yémen. Contrairement à ce que j’ai appris à l’école, les frontières de l’URSS étaient-elles finalement assez ouvertes pour permettre aux camarades Soviétiques de voyager ??
En réalité Gallia était chirurgienne, officier de l’Armée Rouge. Voilà qui explique tout ! ![]()
Le compartiment voisin est occupé par Vania, un petit garçon de six ans, et sa famille. Comme tous les Russes rencontrés jusqu’à présent, ces derniers sont distants et je sens qu’il nous faudra un marteau piqueur pour briser la glace.
Vania, quand à lui, est plutôt intrigué par notre présence. Il a bien compris, à notre langage bizarre, que nous sommes étrangers. Mais comment se fait-il que nous n’ayons pas les yeux bridés ??? En effet, habitant l’Extrême Orient Russe, il n’avait jusqu’à présent rencontré que des étrangers Mongols ou Chinois ! ![]()
En tout cas, maintenant il est tout le temps dans nos pattes ! Après nous avoir montré sa belle collection de médailles Soviétiques, il revient très régulièrement nous faire des dessins pendant que Gallia essaie de lui apprendre des comptines.
Il y a enfin une espèce de gars bourré qui titube, qui sent la vodka à plein nez et qui traine très souvent dans le couloir.
J’avoue que je ne suis pas très rassuré quand je le croise : il porte une veste de chasseur et me dévisage toujours d’un air sévère. J’espère qu’il ne va pas m’adresser la parole : ce n’est pas avec mon niveau de Russe que je vais pouvoir l’amadouer… ![]()
Mais d’après le Lonely Planet, chaque wagon possède son Russe bourré. Alors pas de panique : c'est normal, tout devrait bien se passer !
Globalement l’ambiance est bonne, je sens que ce trajet à travers la Sibérie va être bien chanmé !! ![]()
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L’adaptation à la vie à bord du train n’est pas tout à fait immédiate.
Nous le découvrons peu après notre première nuit : impossible de faire couler de l’eau au robinet des toilettes... qui font également office de salle de bain !
J’ai beau chercher, je ne trouve aucun bouton, aucune pédale cachée. Je me dis que je ne suis pas réveillé, mais Sindy aura finalement le même problème que moi. Que faire ? On ne va quand même pas demander de l’aide aux voisins : si dès le premier jour on passe pour des demeurés, ça ne va pas trop le faire.
Bon, on cherchera un peu plus tard.
Le train marque des arrêts fréquents. Parfois nous nous arrêtons cinq minutes, et parfois trente. Le problème : nous n’arrivons pas à comprendre à l’avance combien de temps le train restera en gare.
Du coup on n’ose pas descendre : les trains Russes sont toujours scrupuleusement à l’heure. Il est clair que le notre ne va pas nous attendre si par mégarde nous nous attardons un peu trop…![]()
Gallia ne nous est d’aucun secours : elle ne sort pas, donc elle s’en fout ! Quand aux prodvonitsas, quelle que soit la durée prévue, elles me répondent que le train ne restera à quai que cinq minutes.
Peut-être ne veulent-elles pas prendre le risque d’être mal comprises afin d’éviter qu’on ne lambine trop ??
Pour ne rien arranger, notre « matériel de cuisine » n’est pas du tout adapté. Avant le départ, nous avions lu que chaque wagon est équipé d’un samovar rempli d’eau bouillante. Nous avons donc acheté une espèce de petite casserole de camping afin de pouvoir nous préparer des soupes en sachet. C’est petit, c’est pas cher, c’est presque bon. ![]()
Quelle erreur ! C’était sans compter les tremblements et les soubresauts du train en mouvement. Du coup, à chaque fois on en fout partout ! Ca fait bien marrer Gallia qui nous nargue avec son thermos, parfaitement adapté. ![]()
Mais tout n’est pas noir dans ce voyage loin de là ! L’ambiance est bonne et on fini par trouver le panneau indiquant la durée des arrêts : il était tout simplement affiché sur la porte des toilettes.
On va enfin pouvoir sortir, prendre l’air… et s’acheter de petits beignets à la viande ! ![]()
Sindy, quand à elle, passe outre notre honte et demande à la mère de Vania comment utiliser le robinet. C’est le bon moment : le faire plus tard aurait engendré des questions quand à l’état de notre hygiène corporelle…
En fait c’était tout bête. Il suffisait de remonter l'extrémité du robinet vers le haut !
Mais... même en le sachant… je trouve que c’est quand même vraiment un système à la con !
En revenant d’une petite « balade » dans les couloirs, je me retrouve, dans l’espace entre deux wagons, face au Gars Bourré. Fidèle à son habitude, il me dévisage d’un air qui ne me revient pas.
Seulement cette fois il m’adresse la parole. Sèchement, il me pose une question… que je ne comprends pas du tout ! Je baragouine quelques mots de Russe afin qu’il me répète, et mon accent bizarre attise sa curiosité. D’où est-ce que je peux bien venir ? Son visage s’éclaire d’un large sourire lorsque je lui apprends que je suis Français. Et voilà : maintenant il m’a à la bonne et entreprend de me raconter sa vie ! ![]()
Enthousiaste, il parle, parle et parle encore, rapidement et sans s’arrêter. Du coup je suis loin de comprendre tous les détails. Il me montre une carte avec une photo de lui en treillis militaire. Je comprends aussi qu’il habite dans la région de Vladivostok et que c’est une sorte de garde forestier.
Finalement, bien que son haleine empeste la vodka, je ne suis pas mécontent qu’il m’ait accosté : ça fait un peu d’animation et essayer de communiquer en Russe est plutôt rigolo. Je vais d’ailleurs passer le reste de la soirée avec lui, car il ne me lâche plus. Je pense, qu’en plus de notre « exotisme », il est bien content d’avoir trouvé quelqu’un à qui parler, car visiblement il est évité des autres passagers. ![]()
D’ailleurs Gallia n’est pas très jouasse de le voir débarquer dans notre compartiment. ![]()
Il nous montre alors une vidéo de l’anniversaire de sa petite fille de dix ans. En fait il vient de traverser toute la Russie pour assister à l’événement. ![]()
C’est ça qui est chouette avec le Transsibérien : c’est un moyen de transport relativement peu onéreux très usité par les Russes. Notre nouvel ami de Vladivostok a ainsi pu se rendre en Oural, 7000 kilomètres plus à l’Ouest. Gallia la Moscovite, quand à elle, va rendre visite à son frère habitant à Osmk. Enfin la famille de Vania a passé quelques jours en famille à Moscou et rentre chez elle, à la frontière Mongole. En l’absence de route, la voie du Transsibérien est vraiment un axe essentiel permettant à la population d’occuper tout l’espace au sud de la Russie. ![]()
Nous recroisons notre nouvel ami un peu plus tard, alors que le train ralentit pour s’arrêter à Iekaterinbourg. Il nous suit en répétant avec insistance : « dix minutes ». Ok, donc dix minutes d’arrêt. « Dix minutes ! ». Oui, oui, dix minutes d’arrêt on a compris. On n’est pas idiots tout de même !
Nous croisons alors la prodvonitsa qui s’y met à son tour : « dix minutes ! ».
C’est seulement devant la porte fermée que nous comprenons que le train n’est pas encore arrêté. En fait nous arriverons dans… dix minutes !
Il nous reste encore bien des progrès à faire ! ![]()
Notre troisième jour à bord du Transsibérien commence bien : Gallia explique à Sindy, hilare, qu’elle a pissé au lit. Chouette… ![]()
Il est d’ailleurs temps de lui dire au revoir, car nous arrivons à sa destination, Omsk, en milieu de journée. Je profite de la pose pour essayer de nettoyer quelques vitres afin de pouvoir prendre des photos de paysage dans de meilleures conditions. Mais elles sont tellement dégueulasses que je me demande si finalement je ne fais pas qu’étaler la crasse… ![]()
Nous décidons, pour une fois, d’abandonner les soupes instantanées et d’aller essayer de déjeuner au wagon restaurant. Ce dernier n’a rien de luxueux. C’est plutôt une sorte de cantine proposant un plat unique. Mais cela nous permettra peut-être de faire de nouvelles rencontres. Et c’est le cas ! Trois jeunes Russes nous offrent de la vodka. Sindy refuse, mais pour ma part je ne peux pas laisser passer une occasion pareille !
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Le reste de la journée nous permet d’avancer dans nos bouquins. En fait je crois que je n’ai jamais autant lu durant un voyage. Faut dire aussi que nous avons du temps… ![]()
Nous allons nous coucher après un arrêt assez long à Novossibirsk lors duquel des wagons postaux et de marchandises sont accrochés en tête du train. Le Transsibérien est vraiment un cordon ombilical indispensable ! Notre train étant plus lourd, une nouvelle locomotive, plus grosse, vient remplacer l’ancienne. J’aime bien voir toute cette agitation dans la nuit noire. D’ailleurs demain il faudra penser à passer nos montres à l’heure locale : nous sommes toujours à l’heure de Moscou et la nuit tombe maintenant à 15h30… ![]()
Un raffut du diable me réveille en pleine nuit. Nous avons de nouveaux voisins ! Peu après, une odeur acre envahie le compartiment ? Est-ce que quelqu’un a gerbé ?? Je tirerai ça au clair demain matin, pour le moment : dormir !
Nos nouveaux voisins sont un jeune couple.
Sont-ils en voyage ?? Nous n’en saurons jamais rien car ils ne répondent pas à nos questions ! Visiblement ils nous snobent, et nous évitent soigneusement : dès qu’on entre, ils sortent, et lorsqu’on sort faire un tour dans le couloir, ils s’enferment dans la cabine ! Bref, je ne les aime pas et ce sont des cons. Ah et ce qui puait cette nuit ? Leur bouffe de merde ! ![]()
Vania quand à lui est insupportable : surexcité, il nous colle tout le temps et prend bien ses aises dans notre cabine. Je pense que le voyage commence à être long pour un gamin de six ans…
Mais tout n’est pas négatif aujourd’hui ! Sindy se fait proposer à boire dans le wagon restaurant et elle arrive à ouvrir une fenêtre du couloir ! Ca va être bien pratique pour les photos ! Nous pensions que c’était impossible car on est en Octobre et il commence à faire plutôt froid à l’extérieur. Tandis que dans le train, la prodvonitsa de service s’arrange pour que la température soit toujours de 27°C ! ![]()
C’est d’ailleurs un miracle qu’on n’ait pas choppé la crève lors d’un arrêt en gare !
A Krasnoïarsk nous trainons un peu en gare et il s’en faut de peu pour que le train ne reparte sans nous : les marches sont déjà remontées lorsque nous nous présentons devant la porte de wagon
! Il faut dire que si le train est en retard, le conducteur aura une pénalité retenue sur son salaire. Alors qu’on soit dedans ou pas, lui, il s’en fout ! ![]()
Et voilà comment s’achève notre dernière journée sur ce premier tronçon du Transsibérien. Car demain nous arrivons à destination : Irkoutsk !